Foix le #44mars

Foix le #44mars – aux environs de 18h

Assis sur les marches qui mettent la halle Villote de niveau, je suis en conversation avec un clown philosophe : nous prenons le temps de faire un tour du monde qui nous traverse. Le coin de mon oeil droit ne cesse d’attirer mon regard vers une terrasse au soleil où trois éclats de vie boivent une bière blanche en riant, puis une autre.

Derrière nous sous la halle, des fourmis soudain jaillies de nulle part s’élancent dans une danse affairée qui fixe banderoles à bout d’échelle, installe et cuisine aussi sec sur tréteaux, branche et tapote un micro, sème panneaux à slogans, à programme, à commissions, à la craie, au feutre, au pinceau. Tout-es occupé-es à se préparer à être, tout-es circulent en tous sens sensés, concentré-es, sérieux-es à créer les conditions d’un espace.***

Que peut-il donc se passer dans ces espaces qui se tissent de place en place ? Pourra-t-on sortir de l’ombre pour vivre au grand jour-et nuit debout ? Comment alimenter chaque journée de dons, d’échanges, de redistribution directe des richesses et des savoirs ? Après #jesuischercheur posez moi une question, pourquoi pas #jesuisboulanger j’ai du pain à donner ; #jesuisdentiste je vous soigne gratos ; #jesuisprofd’allemand je vous enseigne gratos ; #jesuispropriétaire je mets à dispo une propriété dans le sud-ouest pour un projet collectif ; #jesuisagriculteuràlaretraitetoutseulsurmesterres j’accepte installation d’un auto-éco-bio village ; #… // car quoi ? c’est #rêvegénéral ou #encoreunerépétition ou #enfinlapremière ? Oser délaisser les décors, les repères, les rassurantes routines pour une création ? #bloquonstout ou #débloquonstous !

Devant la halle passe le flux automobile à deux voies qui, si on le franchit mène aux allées de Villote. Là dans l’axe de la halle : la zone assise en un vague rond. De part et d’autre de la veine de flux, de sous cette halle rectangulaire et de ce rond par terre s’expriment deux formes-forces plus ou moins symétriques : d’un côté on s’active pour dénoncer une loi inique, pour couvrir des cartons et des draps de slogans antiproductivistes, de l’autre on ne fait rien – d’autre qu’être comme tous les jours là dans la rue. S’agit-il de s’agiter pour exprimer son refus de participer – s’agit-il de participer différemment – ou s’agit-il de ne plus s’agiter : déserter le travail et la consommation, la production et la représentation.

Une fois comblé le manque, de quoi nourrir nos nuits et nos jours ? Si la nuit veille sur un milieu propice aux résistances clandestines, au grand jour peuvent germer les graines enterrées qui n’ont ni programme, ni projet sinon celui d’être telles quelles. Quand à définir ce que ’être’ est : certain-es ingénieurs de la pensée fantasment de le réduire à une série de 0 et de 1 connectés en un chapelet à uploader dans leur ordinateur quantique pour l’éternité ; quand toute une foule se contente d’habiter le monde, d’incarner l’émotion singulière d’être vivant-e-s et sauvages et désirant-es et désirables