processus de désengagement

La tentation est grande d’entrer en clandestinité.

Par solidarité avec les clandestins de Calais et d’ailleurs, par lassitude de devoir composer pour rester admis dans un système perturbé, par refus de se soumettre au contrôle social, pour libérer une bonne fois pour toute son temps et l’occuper à explorer mille autres réalités possibles, l’occuper à rêver, à aimer et créer. Plus de loyer, plus de facture, plus de sécu, plus de rsa, plus de carte bancaire, plus de compte courant, … plus de perspectives ? Ou au contraire une infinité de perspectives puisqu’alors tout devient possible.

Si l’on considère que le capitalisme plouto-transhumaniste n’est pas un projet crédible ni favorable à la vie sur terre, on peut être en droit de choisir de ne pas le servir. De ne pas le soutenir en lui accordant notre temps, notre énergie, notre corps, notre créativité, notre vie entière. C’est une invite à peine masquée aux scientifiques, ingénieurs, techniciens, professeurs, ouvriers, paysans qui s’offrent corps et âme à un projet écocide. Or si l’on refuse de s’y soumettre, la sanction est immédiate : suppression des droits pour non respect des devoirs. Alors si la société claque ainsi la porte au nez de celles et ceux qui la critiquent, il est légitime que ces celles et ceux-ci s’organisent pour ne pas subir individuellement l’exclusion et s’émancipent de facto de la tutelle vieillissante d’un système obsolète.

Cette démarche place ces pionniers dans un contexte révolutionnaire si l’on considère 3 étapes probables de toute élan vers la révolution à savoir :

1 entrer en clandestinité /

2 s’organiser pour survivre en clandestinité /

3 passer à l’offensive.

Consciemment ou pas, les choix de vie radicalement anti-productivistes et anti-consuméristes sont des processus révolutionnaires. Qui ne visent certainement pas à conquérir le pouvoir mais peut-être à nourrir les imaginaires. C’est le point 3 … passer à l’offensive. 1 Entrer en clandestinité c’est à dire diminuer son implication dans le grand bazar. Chacun-e son ton, sa couleur, sa nuance sur la grande échelle des parcours individuels : celle-ci, pour commencer sa révolution quittera un travail aliénant, cette autre échangera son camion contre deux chevaux pour continuer sa route. Celui là vivra en collectif dans la Creuse, cet autre suscitera des jardins urbains à Marseille.

Mettons tout à plat et non plus en colonnes pour savoir quelle cause a la plus longue. Assemblons le puzzle en un joyeux bordel permettant d’envisager de survivre en clandestinité. Réseaux, réseaux de réseaux, coopératives, rhizome, tissu associatif et militant, formel et informel, artistes, comédiens, musiciens, compagnies, collectifs, groupes, troupes, bandes, railla et zone complices et clandestins pour survivre : voilà qui pourrait faire le sujet d’une BD réaliste … qui ouvre sur le 3 passer à l’offensive : soit intervenir dans le réel pour le modifier

La façon la plus brutale d’intervenir dans le réel pour le modifier c’est la guerre. De tous temps des psychopathes ont souhaité inscrire dans le temps une œuvre qui flatte leur orgueil et c’est par le moyen de la guerre qu’ils y ont réussi de manière la plus efficace pour attirer l’attention sur leur ego perverti et marquer les mémoires. Cette pratique hélas, perdure … Elle intervient sur la partie matérielle du réel : elle engendre beaucoup de destructions matérielles et donc de productions matérielles à venir, elle broie les corps et déchire la vie : cela crie, cela hurle et fait un fracas effroyable qui manifeste et signe la folie de ses instigateurs. Un autre moyen d’intervenir sur le réel pour le modifier existe : c’est même un peu ce qui fait de nous, les humains, des êtres singuliers. Ce moyen n’est ni magique ni sacré pourtant il est un peu des deux à la fois : c’est l’art de s’adresser aux imaginaires.

S’adresser aux imaginaires, c’est à dire proposer des projections plus ou moins iconoclastes du réel. Et des reconstructions-recombinaisons statistiquement infinies. Posez un regard quantique sur le réel vous le verrez potentiellement infini mais tendant à se révéler statistiquement plus souvent sous tel ou tel aspect. Que ce champs immense soit réduit par nature pour se concentrer sur : se nourrir, se reproduire, admettons. C’est d’ailleurs ce que régule encore en nous notre cerveau reptilien bien connu des adeptes de l’ingénierie sociale. Mais n’avons nous pas un lobe frontal et tout le toutim qui fait de nous des animaux doué-es de conscience ? Capables d’envisager que la réalité est infinie ? Qu’il y a là matière à explorer et exprimer ? Que manier des mots ou des notes ou des couleurs, des sons, des goûts … est beaucoup moins polluant et dévastateur que manier du pétrole, de l’acier, de l’uranium, du cuivre, de l’or.